Budget : après les annonces de Sébastien Lecornu, les syndicats s’enflamment, le patronat respire
Un signal d’apaisement était attendu, c’est la défiance qui domine. Après l’entretien publié vendredi 26 septembre sur les budgets 2026 de l’État et de la Sécurité sociale, Sébastien Lecornu n’a pas convaincu les organisations de salariés. Elles dénoncent l’absence de réponses à leurs demandes présentées le 24 septembre à Matignon, tandis que le patronat salue la priorité donnée à la dépense publique.
La méthode de Sébastien Lecornu face au dossier retraites et au front social
Le report de l’âge légal à 64 ans, acté en 2023, reste intact, ce qui nourrit l’exaspération syndicale. Le Premier ministre envisage seulement d’améliorer la situation des femmes et des métiers pénibles. Les syndicats y voient un geste marginal, car la revendication centrale porte sur l’architecture même de la réforme, perçue comme inéquitable et inefficace.
Marylise Léon (CFDT) juge que « le compte n’y est pas » et réclame une rupture réelle. Murielle Guilbert (Solidaires) s’interroge sur l’utilité d’avoir reçu l’intersyndicale le 24 septembre, puisque, selon elle, « les portes se ferment ». Denis Gravouil (CGT) va plus loin, estimant que le chef du gouvernement reste le « clone » de François Bayrou sur le fond.
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Cette lecture alimente la mobilisation annoncée pour le 2 octobre, deuxième depuis la rentrée. Dominique Corona (UNSA) y voit une raison supplémentaire de descendre dans la rue. Frédéric Souillot (FO) annonce des assemblées générales dans les entreprises et les services publics, afin de construire la grève et, si nécessaire, d’en décider la reconduction, responsabilité qui revient aux salariés.
Ce que propose Sébastien Lecornu sur l’assurance-chômage et les ruptures conventionnelles
Le Premier ministre ne dit pas s’il durcira l’indemnisation des chômeurs, piste envisagée par François Bayrou. Il promet, en revanche, une concertation « avec les partenaires sociaux » sur les ruptures conventionnelles. Le dispositif, utile pour sécuriser des séparations, peut donner lieu à des abus, concède-t-il, d’où l’idée d’un réexamen précis et partagé.
Cette prudence entretient l’ambiguïté. Pour les syndicats, l’absence de cap clair ressemble à un statu quo, alors que la crise démocratique exige, selon eux, des choix nets et justes. Ils relient cette incertitude à l’impasse des retraites. Car les effets croisés sur l’emploi des seniors, la pénibilité et les carrières longues appellent des réponses liées et cohérentes.
Sur le terrain, l’unité d’action reste solide. L’intersyndicale prépare le 2 octobre avec des mots d’ordre centrés sur la justice sociale. L’objectif est simple et lisible : peser sur le calendrier budgétaire, porter la voix des salariés, et rappeler que les ajustements techniques ne suffisent pas. Dans ce cadre, Sébastien Lecornu apparaît comme l’arbitre d’un match déjà engagé.
Patronat rassuré, bataille budgétaire qui s’ouvre à l’Assemblée nationale
La réduction des dépenses publiques devient la priorité numéro un. Pas de « taxe Zucman » sur le patrimoine des plus riches, pas de retour de l’ISF. Le chef du gouvernement évoque, au nom de la « justice fiscale », des hausses de certains impôts et des baisses d’autres.
Le Medef applaudit : Patrick Martin se félicite que la dépense soit traitée d’abord. L’Union des entreprises de proximité salue un signal concret, avec 6 milliards d’euros retranchés au train de vie de l’État. Pour Michel Picon, il faut désormais surmonter les « postures politiques » et aboutir à un budget 2026.
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Les syndicats contestent ce cadrage qu’ils jugent déséquilibré. Ils redoutent des services publics affaiblis et des inégalités renforcées. Ils disent rester ouverts au dialogue, mais demandent un changement de cap. Dans ce face-à-face, Sébastien Lecornu mise sur des arbitrages graduels, tandis que la rue teste son rapport de force, chiffre à l’appui et calendrier en tête.
Perspectives immédiates pour un budget 2026
Le bras de fer s’installe, car chacun joue sa crédibilité. Les syndicats misent sur la dynamique du 2 octobre, alors que le patronat réclame de la stabilité. Sébastien Lecornu conserve des marges, grâce à la « justice fiscale » annoncée et aux concertations promises. La suite dépendra du Parlement, des chiffres et du climat sur les lieux de travail.