Shein : une taxe inédite sur les petits colis, la nouvelle arme de l’État contre les géants chinois du e-commerce
Cette future taxe sur les petits colis interroge l’équilibre entre lutte contre l’ultra-fast-fashion, emplois logistiques et pouvoir d’achat.
Le gouvernement entend frapper les géants chinois du commerce en ligne en s’attaquant à leurs petits colis à bas prix. Une taxe spécifique de 2 euros par article envoyé depuis un pays hors Union européenne doit être examinée à l’Assemblée nationale à partir du 12 novembre. Pour les ménages, les commerces de proximité et la logistique, l’enjeu dépasse largement Shein et ouvre un bras de fer économique et politique.
Shein au cœur d’un contrôle massif à Roissy
Dans un entrepôt de la zone logistique de Roissy-Charles-de-Gaulle, les douaniers ont lancé, le 6 novembre, une opération d’ampleur inédite. Des tables métalliques débordent de guirlandes, jouets, cosmétiques et vêtements issus de sacs frappés du logo noir et blanc de Shein. L’objectif est de montrer concrètement ce que représente ce flux de colis à bas prix pour le marché français.
Cette fois, les équipes doivent inspecter un à un tous les colis arrivés entre la nuit et la soirée, soit le contenu de plusieurs avions. Les autorités évoquent entre 100 000 et 200 000 envois, alors qu’en temps normal seule une fraction est contrôlée. Pendant un mois, les agents traquent les contrefaçons, les articles dangereux, les poupées à caractère pédopornographique ou armes, en évaluant aussi les risques pour les enfants.
Les précédentes opérations ont déjà mis en lumière un problème massif de conformité. Les ministres rappellent qu’environ 80 % des articles étaient jugés non conformes lors d’un contrôle antérieur. Le gouvernement a saisi la justice le 5 novembre pour demander la suspension de la plateforme. L’entreprise a reçu 191 millions d’euros d’amendes pour cookies, fausses promotions et informations trompeuses, malgré les assurances de bonne volonté adressées à Bercy.
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Une taxe sur les petits colis et ses ressorts économiques
Au-delà des contrôles physiques, l’exécutif met en avant une réponse fiscale ciblée. L’article 22 du projet de loi de finances crée une taxe de 2 euros par article présent dans les petits colis venus d’un pays extra-européen. Pour un tee-shirt à 5 euros commandé chez un vendeur comme Shein, le surcoût représente environ 40 %, ce qui pourrait décourager de nombreuses commandes impulsives.
Bercy table sur une baisse de 60 % du nombre de petits colis concernés, en jouant sur le signal prix. La taxe s’appliquerait au trafic restant et pourrait rapporter entre 500 et 600 millions d’euros en 2026, un montant jugé utile dans un contexte de fortes tensions budgétaires. Le ministère espère aussi une meilleure collecte de la TVA, en limitant les sous-évaluations systématiques de la valeur des produits.
Les autorités soulignent que la valeur déclarée d’un article tourne aujourd’hui autour de 7 euros, ce qui laisse penser à une sous-déclaration massive. La France serait le premier pays à mettre en place un tel dispositif. Cela tout en anticipant une mesure européenne similaire de 2 euros sur les petits colis, annoncée pour la fin de 2026. Tout ceci afin de mieux encadrer ce segment du commerce en ligne.
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Shein et une taxe contestée entre emplois et pouvoir d’achat
Au Parlement, le dispositif suscite déjà des débats intenses. Certains élus et acteurs économiques jugent la taxe trop timide pour freiner réellement l’ultra-fast-fashion. Des responsables politiques et l’enseigne Kiabi plaident pour un montant de 25 euros par article, quand d’autres évoquent des niveaux pouvant aller jusqu’à 50 euros, afin de rendre ces commandes nettement moins attractives.
D’autres députés dénoncent au contraire une hausse masquée des prix pour les ménages, en particulier les plus modestes, qui cherchent des bonnes affaires en ligne. Selon eux, une telle taxe pèserait sur le pouvoir d’achat sans garantie de relocalisation de la production ou de réduction significative des émissions. Le débat oppose ainsi fermeté affichée et inquiétudes pour le portefeuille des consommateurs.
Les partenaires logistiques de ces plateformes alertent, eux, sur le risque de délocalisation du trafic. Ils estiment que les colis pourraient simplement arriver à Liège ou Amsterdam, avant de rejoindre la France par camion, avec un surcoût limité. La Poste souligne que 20 % des colis qu’elle traite proviennent désormais de e-commerçants chinois, contre 5 % il y a cinq ans. Elle redoute les effets d’une chute brutale de ces volumes liés à Shein.
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Un projet fiscal encore fragile face aux arbitrages politiques
Le sort de cette taxe reste étroitement lié aux débats budgétaires et aux compromis politiques à venir. La mesure pourrait être amendée, durcie ou abandonnée, tandis que l’Union européenne prépare son propre dispositif de taxation des petits colis attendu en 2026. Ce calendrier nourrit les interrogations sur l’intérêt d’une avance strictement nationale.
Au-delà de l’affrontement symbolique avec Shein, ce projet cristallise une équation complexe. Protéger le commerce de proximité, améliorer les recettes publiques et réduire l’empreinte carbone, sans sacrifier l’emploi logistique ni le pouvoir d’achat. La manière dont la France tranchera ce dilemme dira beaucoup de sa stratégie face aux géants du e-commerce et aux attentes contradictoires des consommateurs.